Devenir maman: Les montagnes russes émotionnelles

Voilà, ça fait maintenant 4 mois que je suis maman.

Quatre mois qui sont passés tellement vite, tellement rapidement que je ne me rends pas compte de tout ce qui a pu changer en si peu de temps.

Il faut avouer que tout s’est enchaîné dans ma vie très rapidement en un an et demi: un poilu, un nouveau boulot, un appart, une grossesse, un licenciement, un bébé, un autre nouveau boulot (voilà, vous avez suivi ? Donc je suis tombée enceinte en fêtant mon CDI et j’ai été viré au moment de partir en congé maternité. Et vu que je ne me voyais pas rester à la maison, j’ai fêté les 15 jours de mon fils en étant en entretien d’embauche, et j’ai commencé un nouveau boulot quand il avait tout juste deux mois et demi).

Bref, quand on y pense un peu, ça fait beaucoup mine de rien. Et pourtant j’ai l’impression que tout a pris sa place très naturellement. Un peu comme un jeu de Tetris parfait où il n’y aurait jamais de fausses manœuvres.

Et pourtant…

Depuis la naissance de Minipouce, moi qui avait déjà tendance à « me faire des films », cela a empiré. Il suffit que je sois seule à la maison plus d’une heure, ou que je sois au calme (dans mon bain, dans mon lit quand Poilu et Minipoilu sont à côté) pour me mettre à imaginer le pire. Un accident, Minipouce qui ne se réveillerait pas de sa sieste, un problème à l’usine de mon compagnon… Je ne peux pas m’en empêcher.

Quand je vois un beau film, je ris fort (encore plus fort qu’avant), je pleure à la moindre séquence d’émotion (un beau geste, un moment de partage, un héros qui va mourir), et je suis inconsolable.

Et – ce n’est pas pour attirer l’attention sur moi, mais simplement pour illustrer mon propos – depuis que l’attaque sur Charlie Hebdo a eu lieu, je pleure ou j’ai envie de pleurer tous les jours. Parce que (vous m’excuserez l’image quelque peu grandiloquente), s’en prendre à Charlie, abattre Charb et les autres, c’est un peu comme quand vous passez devant un bel arbre au parc. Vous y passez tous les jours, vous n’y faites pas attention, mais il fait partie du décors. Vous le tenez pour acquis. Vous y attachez des souvenirs. Il vous rassure quelque part, parce que vous vous dites qu’il sera toujours là. Ce canard, je ne le lisais pas, ne je l’achetais pas. Mais il fait partie de mon décors et de mes certitudes.

Depuis l’attaque, j’ai l’impression que mon monde est en train de sombrer. Et ça me fait peur.

Quand j’ai su que j’étais enceinte, puis quand mon fils est né, tout me paraissait très naturel. Cela devait se faire, il n’y avait pas de questions majeures à se poser (à part: « serai-je une bonne mère ? serai-je capable de l’aimer autant que j’aime son père ? de lui apporter tout ce qu’il faudra pour en faire un enfant puis un adulte bien dans sa peau ? de lui permettre de faire ce qu’il veut dans la vie, toit sur la tête et rassurance émotionnelle ? »)

Les questions classiques donc. Depuis l’attaque, je me demande « Comment sera mon fils plus tard ? Est-ce qu’il comprendra l’importance de ses actes, de leurs conséquences ? Comment sera le monde dans lequel il va grandir ? »

Je ne me suis jamais trop posée de questions sur ce monde. Quelque part, on n’a jamais eu autant de sécurité matérielle, médicale, sociale. Ce n’est pas parfait, mais je préfère de loin donner naissance à un garçon (gay, hétéro, macho, sensible, etc) ou à une fille (quelque soit ses choix de vie)  aujourd’hui qu’il y a cent ou trois cents ans. Mais aujourd’hui, pour la première fois, j’ai peur que le monde que j’ai connu et qui me paraissait stable tant il est lent à changer dans ses habitudes, ses mentalités, soit sur le point de basculer.

Je me demande si nous ne sommes pas en train de faire un énorme pataquès de tout cela, si les médias sont encore en train d’essayer de traumatiser tout le monde pour faire vendre davantage ou s’il y a vraiment un risque de basculement vers un autre chose effrrrrrayant (à lire avec un accent russe de vieux film d’épouvante. Diantre ! Il faut bien détendre un peu l’atmosphère !)

Je lis sans doute trop.

Quelque part, tout cela me travaille car je me sens impuissante. Je me demande ce que je peux faire pour éviter ce basculement qui me fait peur.  En fait, si, j’ai une vague idée. Mais pour l’instant, je n’ai juste pas l’énergie pour autre chose que dormir, travailler et passer mon temps libre avec mon petiot.

Bon, voilà, je crois que j’ai un peu tout mélangé, mais au moins j’ai pu mettre un peu sur papier tout ce qui me travaille ces jours-ci.

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